les murènes

La murène

Malgré son allure qui la fait ressembler à un serpent, la murène est un poisson. Présente dans toutes les mers tropicales et subtropicales, la murène souffre d'une mauvaise réputation qui est loin d'être à la hauteur de la réalité.
La journée, la murène reste cachée dans un rocher en ne laissant dépasser que sa tête. Elle exhibe alors une bouche fendue garnie de dents acérées, qui lui donne un air très effrayant.

Les légendes ont la peau dure. Au temps de la Rome antique, de riches patriciens élevaient des murènes dans de grands bassins.
On dit qu'ils y précipitaient leurs esclaves condamnés à mort. La férocité de l'empereur Néron qui jetait les esclaves chrétiens à des murènes affamées n'a aucune relation avec la vraie nature de ces poissons.

La seule source mentionnant ces faits provient d'un texte ironique de Pétrone, dans son fameux Satiricon.
Il se moquait déjà de la fausse réputation de la murène.

Toujours est-il que le nom générique de la murène brune de Méditerranée a pour origine un riche Romain, Liciono Murena, qui vécu 2 siècles avant notre ère. Il possédait d'immenses aquariums qui hébergeaient des murènes apprivoisées qui venaient manger dans sa main.

Caractéristiques de la murène

On connaît une centaine d'espèces différentes de murènes. La murène commune de Méditerranée (Muraena helena) mesure jusqu'à 1,50 mètres.
Mais, chez certaines espèces, des individus peuvent atteindre plus de 3 mètres de long et peser environ 100 kg.

Murène commune

C'est le cas de Gymnothorax javanicus, la plus grande murène connue. Les plongeurs l'apprivoisent parfois en la nourrissant à la main et en la caressant, ce qu'elle semble apprécier.

A l'âge adulte, la murène ponctuée peut, elle, dépasser 2,50 m de long.

Murène ponctuée

En règle général, les murènes sont des poissons très territoriaux. Elles restent cachées dans des trous la journée et chassent la nuit.
Elles chassent, pour la plupart à l'affût, attendant qu'une proie passe à leur portée.

Cependant, la murène grise (Siderea grisea) n'attend pas qu'une proie passe. Elle s'active aussi pour les dénicher.
Elle glisse la tête dans les trous occupés par d'autres animaux pour les déloger.

La murène n'a pas d'écailles mais est recouverte d'un mucus qui la protège des rochers et facilite ses déplacements dans les moindres failles.
Son corps est souvent paré de belles couleurs auxquelles s'ajoutent des marbrures qui jouent le rôle de camouflage.

Au Japon, cette murène(Muraena pardalis) est appelée "murène dragon" (murène tigre en anglais)

C'est un poisson sédentaire, benthique et cavernicole. Elle se déplace généralement sur les fonds entre quelques centimètres et 100 mètres de profondeur environ.

Une véritable chasseresse

La murène possède un flair infaillible. Elle se fie avant tout à son odorat plus qu'à sa vue car les murènes sont pratiquement aveugles.

Par exemple, la murène ruban (Rhinomuraena quaesita) possède des narines qui se dilatent en une large membrane en forme de parabole. Sa fonction est d'enregistrer les vibrations émises par les poissons qui, la nuit, s'en approchent.

Toutes les murènes analysent les odeurs grâce à leurs quatre narines garnies de papilles très sensibles.

Elles sont particulièrement friandes de poulpes, de calmars et de seiches. Elles ne dédaignent pas non plus les poissons et les crustacés.
A l'occasion, une charogne fait parfaitement l'affaire.

Vidéo Murène contre un poisson globe

Ses dents tranchantes, articulées et recourbées vers l'arrière, sont redoutables. D'une force incroyable, la murène achève sa proie dans une étreinte mortelle en l'étouffant.

Les dents de la murène sont imprégnées de toxines qui rendent les morsures redoutables. C'est aussi pour cette raison que lorsqu'un plongeur se fait mordre, la blessure est difficile à cicatriser.
La force des mâchoires lui permet de tordre une flèche en acier comme un simple fil de fer.

Les poulpes sont des proies difficiles ; elles se glissent dans de minuscules trous et s'agrippent à la paroi avec une force telle qu'il est presque impossible de les déloger.
Cependant, quand une murène attrape un gros poulpe, elle utilise une technique particulière. Elle commence par happer l'un des tentacules puis elle tord son corps pour former un nœud près de sa queue.
Elle fait alors remonter le nœud jusqu'à sa tête et, au moment propice, la projette en arrière d'une brusque détente, arrachant ainsi le bras du céphalopode.

La reproduction de la murène

En raison de leurs mœurs nocturnes, la reproduction des murènes est encore mal connue. On sait que les œufs produisent des larves transparentes et plates, les leptocéphales, qui flottent au gré des courants en même temps que le plancton.
Cette période de passivité dure environ un an. La murène descend ensuite vers le fond pour commencer une vie de chasse active.

Toutes les murènes naissent mâles pour devenir femelles par la suite. On sait, par exemple, que la murène-ruban change de couleur avec le sexe et l'âge.
Jeune, elle est noire et jaune.
En grandissant, elle devient bleue. Puis, elle change de sexe et devient femelle pour prendre une couleur jaune d'or.

Après, s'être reproduite, elle devient violette et meurt au bout d'un mois. Ce n'est pas le cas de toutes les murènes puisque certaines vivent de 10 à 20 ans.

La murène méditerranéenne fraye de juillet à septembre et abandonne ses œufs qui flottent à la surface.

La murène et l'homme

La chair de la murène n'est guère appréciée. Elle recèle fréquemment des toxines dues à l'accumulation d'algues bleues absorbées avec l'alimentation.
Ce n'est cependant pas le cas pour toutes les espèces dont certaines sont excellentes à manger.

Gymnothorax kidako .

Assez timide et peu agressive envers l'homme, la murène peut cependant devenir dangereuse. C'est la méconnaissance de son comportement qui aboutit à des accidents.
La murène mord quand on la dérange ou pour défendre sa vie, ce qui est un juste retour des choses.

En plongée, il suffit de rester à bonne distance et l'on peut alors l'observer sans aucun risque.

Classification

Classe des Ostéichtyens
Sous-classe des Actinoptérygiens
Ordre des Anguilliformes
Famille des Muraenidés